lundi 22 août 2016

8 raisons pour lesquelles Allyson Felix devrait continuer jusqu'à Tokyo

Les épreuves d'athlétisme des Jeux de Rio se sont terminées samedi - excepté le marathon - avec le triomphe des deux relais 4x400m américains. L'occasion pour Allyson Felix, d'accrocher une neuvième médaille olympique à son palmarès, la sixième en or. Un nouveau record pour la jeune femme également récompensée treize fois aux Championnats du Monde (dont neuf titres). Je dis record car c'en est bien un : Felix est désormais l'athlète féminine la plus couronnée de l'histoire, dépassant des grands noms de l'athlétisme tels Evelyn Ashford, Sanya Richards, Fanny Blankers Koen ou encore Betty Cuthbert, pourvues de quatre médailles d'or chacune. Ses neuf médailles lui permettent d'égaler la Jamaïcaine Merlene Ottey, même si cette dernière n'a jamais remporté l'or olympique.

En somme, Allyson Felix peut être considérée aujourd'hui comme l'une des plus grandes athlètes de son époque, si ce n'est la plus grande. La seule déception des Jeux, pour elle, reste sa défaite sur 400m où elle a été battue - sur le fil - par la Bahaméenne Shaunae Miller dont la chute sur la ligne d'arrivée fut l'une des images de la compétition. L'Américaine a d'ailleurs déclaré en marge des épreuves que c'était "sans aucun doute [les] Jeux les plus durs" de sa carrière [1]. Il faut dire que Felix revient de loin puisque sa préparation a été écourtée par une blessure à la cheville contracté en mai, et qui a bien failli la priver de participation aux Jeux. Heureusement remise à temps, elle a réussi à se qualifier sur le tour de piste mais a manqué pour un petit centième seulement - 22.54 contre 22.53 - la place sur 200m, sa distance fétiche, la privant de défendre son titre acquis en 2012.

A l'issue du relais 4x400m, l'Américaine interrogée en conférence de presse a confirmé vouloir repartir pour les Mondiaux de Londres l'année prochaine - où elle aura à défendre son titre sur 400m - mais a refusé de se projeter à Tokyo dans quatre ans [2].

Comme j'apprécie beaucoup Allyson Felix, véritable pilier de l'athlétisme américain, et nouveau repère après la triste période Marion Jones, je me suis mis à chercher des arguments qui pourrait lui faire continuer sa carrière pour une olympiade supplémentaire.

- Premier argument : Felix est encore jeune, 30 ans seulement. A Tokyo, elle pourrait être suffisamment en forme pour remporter quelques médailles de plus. Pour ce faire, Felix devrait se contenter du 400m, moins traumatisant que le demi-tour de piste. Des précédents plaident en ce sens : Michael Johnson a été champion olympique en 2000 sur la distance, à presque 33 ans.

- Deuxième argument : Déjà titrée sur 200m à Londres, Felix, si elle gagnait le 400m à Tokyo deviendrait la troisième athlète de l’histoire à remporter l'or sur les deux distances, une raison de plus de continuer. Réaliser le doublé 200m/400m à Tokyo paraît très peu probable mais sait-on jamais ? Dans l'intervalle, elle pourrait retenter ce double dès les Mondiaux de Londres l'année prochaine [3].

- Troisième argument : L'Américaine est l'une des rares athlètes à avoir couru sous 11 secondes sur 100m et 22 secondes sur 200m. Son record sur 400m, établi l'année dernière est de 49.26. Si elle parvenait à passer sous les 49 secondes, elle rejoindrait le club très fermé des femmes ayant réalisé cet exploit [4] : Marita Koch (10.83 ; 21.71 ; 47.60), Valerie Brisco-Hooks (10.99 ; 21.81 ; 48.83) et Marie-José Pérec (10.96 ; 21.99 ; 48.25). Encore un challenge.

- Quatrième argument : Une fois passée sous les 49 secondes, Felix pourrait s'attaquer à deux marques : le record des États-Unis, propriété de Sanya Richards depuis 2006 (48.70) et le record olympique qui apparient à Marie-José Pérec depuis 1996 (48.25). Étant donné les temps lancés qu'elle a réalisés dans des relais (47.72 à Pékin l'année dernière et 48.01 à Osaka en 2007), Felix peut légitiment penser à aller chercher ces temps [5]. Quant au record du monde, 48.70 par Marita Koch en 1985, cela paraît plus compliqué.

- Cinquième argument : Déjà bien garni, le palmarès de Felix pourrait, si elle gagnait trois titres supplémentaires à Tokyo (400m, 4x100m et 4x400m par exemple) égaler le record de Carl Lewis, Paavo Nurmi et Usain Bolt. Non négligeable quand on connaît l'aura de ces trois-là. Mieux, avec 12 médailles, elle serait à égalité avec Nurmi avec neuf médailles d'or et trois d'argent [6].

- Sixième argument : Un quatrième titre consécutif sur 4x400m, chose qui n'a jamais été fait hommes et femmes confondus (seule Sanya Richards a remporté trois médailles d'or dans cette discipline entre 2004 et 2012), la ferait encore un peu plus entrer dans le panthéon de l’athlétisme.

- Septième argument : Prendre sa revanche sur Shaunae Miller. Battue par elle aux Jeux, Felix avait remporté le premier duel à Pékin l'année dernière. Si l'Américaine revenait à son meilleur, on peut penser qu'elle reprendrait l'avantage sur sa jeune adversaire. En tout cas, leurs passes d'armes promettent d'animer quelques compétitions.

- Huitième argument : Parce que l'athlétisme a besoin de stars. Avec Usain Bolt qui arrêtera normalement l'année prochaine, ce sport sera à la recherche de nouvelles idoles à admirer. Dans l'ombre de La Foudre, Allyson Felix reste l'un des repères de la discipline et pourrait la maison jusqu'à l'arrivée à maturité de nouveaux talents notamment américains.

Voilà mes huit raisons qui, je le pense modestement, sont assez réalistes. Reste à savoir ce que décidera la principale intéressée. Réponse dans les prochains mois, en espérant que l'Américaine écume encore de foulée les pistes de l'athlétisme pour quelques années supplémentaires.

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[1] Source : site officiel du CIO (lien).
[2] Idem.
[3] Doublé qu'elle a déjà tenté aux Mondiaux de Daegu en 2011. Elle y remporta l'argent sur 400m (49.59) et le bronze sur 200m (22.42). Elle gagna en plus l'or sur les deux relais.
[4] Source : listes tous temps IAAF.
[5] Source : All-time Women's best 4x400m relay par Peter Larsson (lien).
[6] Source : IAAF Statistics Handbook Rio 2016.

vendredi 19 août 2016

Tommie Smith, le Michael Johnson Original

Comme promis, je m'attaque à la traduction du deuxième article de Justin Clouder, mentionné dans mon billet précédent. Dans cet article, Clouder évoque la carrière de Tommie Smith, l'un des plus grands sprinteurs américains des années 60 - si ce n'est le plus grand - reconnu mondialement par ses exploits sur les pistes que par son engagement en faveur des droits civiques des noirs aux États-Unis. Mais je n'en dis pas plus, place maintenant à la traduction.

"Michael Johnson est l'unique athlète à avoir remporte l'or olympique sur 200 et 400m lors d'une même olympiade et sa domination sur ces deux épreuves est sans précédent.

Pourtant, au moins un grand champion du passé peut prétendre à la comparaison sur ces deux distances et tout comme Johnson, il a lui aussi réussi à en détenir les records du monde. Cet homme, c'est Tommie Smith, le champion olympique 1968 du 200m. Cet article va passer en revue les faits marquants de sa carrière.

Outre son titre olympique 1968, gagné en 19.83, ce qui constitue le record du monde jusqu'en 1979, un temps qui n'a depuis été dépassé que par une poignée d'athlètes, Smith est surtout connu pour la controverse qui a entouré le salut "Black Power" que lui et John Carlos ont fait sur le podium de Mexico.

Mexico marque cependant la fin de sa grande carrière. Après avoir battu trois records du monde sur 200m, un sur 400m [1], et un sur chacun des relais 4x200m et 4x400m. Plusieurs d'entre eux brisaient des barrières mythiques.

Le premier record du monde de Smith survint sur un 200m en ligne droite, à San José, le 13 mars 1965, quand il égala en 20.0 la marque de Dave Sime and Frank Budd respectivement en 1956 et 1962. L'année suivante, il la pulvérisa en réalisant le 7 mai, toujours à San José un temps de 19.5 sur 220yd (201.2m). C'était la première fois qu'on courrait un 200m en moins de 20 secondes (en courbe ou en ligne droite) avec un vent légal, une performance remarquable.

Plus tard cette année-là, le 11 juin, à Sacramento, Smith courut un 220yd en courbe en 20.0. Equivalent à 19.9 sur 200m (bien qu'aucun temps n'était été pris à cette marque), c'était la première fois qu'on brisait la barrière des 20 secondes sur cette épreuve. Lee Evans, second termina en 21.0 tandis que Jim Hines remporta la deuxième course en 20.9 ! Six jours plus tard, Smith gagna le titre NCAA sur 220yd à Provo [2], chronométré en 20.26 (temps valant 20.14 sur 200m) soit le temps électrique le plus rapide jamais enregistré (battant le record d'Henry Carr, 2036 qui datait des Jeux de Tokyo en 1964).

Une performance plus grande encore intervint le 24 juillet 1966 sur 4x400m lors d'une compétition opposant les États-Unis au Commonwealth. Prenant la suite de Robert Frey (46.3) et Lee Evans (44.5), Smith courut son relais en 43.8 (le premier sous les 44 secondes) avant de donner le témoin à Theron Lewis qui, 45 secondes plus tard, franchit la ligne en 2:59.6, soit la première performance en moins de 3 minutes sur cette épreuve.

Smith disputa des 400m de manière irrégulière, mais l'un d'entre eux en 1967 fut particulièrement remarqué. Ce fut le record du monde du 440yd, battu en 44.8 (44.5 sur 400m) le 20 mai à San José [3]. Cette course l'opposa à Lee Evans qui après 220yd passa en première position (21.5 contre 21.7) avant que Smith ne vire en tête au 330yd (33.5 contre 33.8). Evans termina deuxième en 45.3. Le lendemain, Smith courut 10.1 sur 100m, son record personnel.

Une semaine avant son record du monde sur 440yd, le 13 mai, Smith contribua à la victoire et au record du monde de l'équipe du San Jose College en claquant un relais retentissant de 19.4 (valant 19.3 sur 200m lancé) lors du 4x220yd des Fresno Relays. Concluant la course, il prit la suite de Ken Shackleford (21.1), Robert Talmadge (20.5) et Lee Evans (21.1). Plus tard en 1967, Smith courut 45.25 à Londres, son meilleur temps en chronométrage électrique. Plus tôt dans l'année, il avait aussi réussi 45.9 en salle [4] et possédait un record personnel à 7.90m à la longueur (25'11").

En résumé, une étoile filante. Peu d'athlètes peuvent prétendre avoir réalisé autant de premières et encore moins sur une aussi courte période. Smith fut aussi un coureur très élégant autant que très talentueux et du haut de son mètre quatre-vingt dix (6'3") et de ses 80 kilos (180 livres), il était une véritable attraction sur la piste. Né le 12 février 1944, tout ce qui précède, y compris son titre olympique fut réalisé avant son 25ème anniversaire.

Somme toute, de mon point de vue, l'un des plus grands de l'athlétisme. 

Justin Clouder"

Récapitulatif des records du monde de Tommie Smith :

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[1] En réalité deux en comptant celui réalisé en salle en 1967.
[2] En altitude.
[3]  Lloyd Winter, le coach de Smith déclara juste après la course quand on lui demanda jusqu'où pouvait aller son protégé sur 400m : "In the low 43's or high 42's".
[4] En réalité, Smith avait couru 46.2 sur 440yd (record du monde) ce qui, conversion effectuée équivaut bien à 45.9 (règle pour passer d'un temps manuel sur 440yd à un temps manuel sur 400m: -0.3).