vendredi 19 août 2016

Tommie Smith, le Michael Johnson Original

Comme promis, je m'attaque à la traduction du deuxième article de Justin Clouder, mentionné dans mon billet précédent. Dans cet article, Clouder évoque la carrière de Tommie Smith, l'un des plus grands sprinteurs américains des années 60 - si ce n'est le plus grand - reconnu mondialement par ses exploits sur les pistes que par son engagement en faveur des droits civiques des noirs aux États-Unis. Mais je n'en dis pas plus, place maintenant à la traduction.

"Michael Johnson est l'unique athlète à avoir remporte l'or olympique sur 200 et 400m lors d'une même olympiade et sa domination sur ces deux épreuves est sans précédent.

Pourtant, au moins un grand champion du passé peut prétendre à la comparaison sur ces deux distances et tout comme Johnson, il a lui aussi réussi à en détenir les records du monde. Cet homme, c'est Tommie Smith, le champion olympique 1968 du 200m. Cet article va passer en revue les faits marquants de sa carrière.

Outre son titre olympique 1968, gagné en 19.83, ce qui constitue le record du monde jusqu'en 1979, un temps qui n'a depuis été dépassé que par une poignée d'athlètes, Smith est surtout connu pour la controverse qui a entouré le salut "Black Power" que lui et John Carlos ont fait sur le podium de Mexico.

Mexico marque cependant la fin de sa grande carrière. Après avoir battu trois records du monde sur 200m, un sur 400m [1], et un sur chacun des relais 4x200m et 4x400m. Plusieurs d'entre eux brisaient des barrières mythiques.

Le premier record du monde de Smith survint sur un 200m en ligne droite, à San José, le 13 mars 1965, quand il égala en 20.0 la marque de Dave Sime and Frank Budd respectivement en 1956 et 1962. L'année suivante, il la pulvérisa en réalisant le 7 mai, toujours à San José un temps de 19.5 sur 220yd (201.2m). C'était la première fois qu'on courrait un 200m en moins de 20 secondes (en courbe ou en ligne droite) avec un vent légal, une performance remarquable.

Plus tard cette année-là, le 11 juin, à Sacramento, Smith courut un 220yd en courbe en 20.0. Equivalent à 19.9 sur 200m (bien qu'aucun temps n'était été pris à cette marque), c'était la première fois qu'on brisait la barrière des 20 secondes sur cette épreuve. Lee Evans, second termina en 21.0 tandis que Jim Hines remporta la deuxième course en 20.9 ! Six jours plus tard, Smith gagna le titre NCAA sur 220yd à Provo [2], chronométré en 20.26 (temps valant 20.14 sur 200m) soit le temps électrique le plus rapide jamais enregistré (battant le record d'Henry Carr, 2036 qui datait des Jeux de Tokyo en 1964).

Une performance plus grande encore intervint le 24 juillet 1966 sur 4x400m lors d'une compétition opposant les États-Unis au Commonwealth. Prenant la suite de Robert Frey (46.3) et Lee Evans (44.5), Smith courut son relais en 43.8 (le premier sous les 44 secondes) avant de donner le témoin à Theron Lewis qui, 45 secondes plus tard, franchit la ligne en 2:59.6, soit la première performance en moins de 3 minutes sur cette épreuve.

Smith disputa des 400m de manière irrégulière, mais l'un d'entre eux en 1967 fut particulièrement remarqué. Ce fut le record du monde du 440yd, battu en 44.8 (44.5 sur 400m) le 20 mai à San José [3]. Cette course l'opposa à Lee Evans qui après 220yd passa en première position (21.5 contre 21.7) avant que Smith ne vire en tête au 330yd (33.5 contre 33.8). Evans termina deuxième en 45.3. Le lendemain, Smith courut 10.1 sur 100m, son record personnel.

Une semaine avant son record du monde sur 440yd, le 13 mai, Smith contribua à la victoire et au record du monde de l'équipe du San Jose College en claquant un relais retentissant de 19.4 (valant 19.3 sur 200m lancé) lors du 4x220yd des Fresno Relays. Concluant la course, il prit la suite de Ken Shackleford (21.1), Robert Talmadge (20.5) et Lee Evans (21.1). Plus tard en 1967, Smith courut 45.25 à Londres, son meilleur temps en chronométrage électrique. Plus tôt dans l'année, il avait aussi réussi 45.9 en salle [4] et possédait un record personnel à 7.90m à la longueur (25'11").

En résumé, une étoile filante. Peu d'athlètes peuvent prétendre avoir réalisé autant de premières et encore moins sur une aussi courte période. Smith fut aussi un coureur très élégant autant que très talentueux et du haut de son mètre quatre-vingt dix (6'3") et de ses 80 kilos (180 livres), il était une véritable attraction sur la piste. Né le 12 février 1944, tout ce qui précède, y compris son titre olympique fut réalisé avant son 25ème anniversaire.

Somme toute, de mon point de vue, l'un des plus grands de l'athlétisme. 

Justin Clouder"

Récapitulatif des records du monde de Tommie Smith :

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[1] En réalité deux en comptant celui réalisé en salle en 1967.
[2] En altitude.
[3]  Lloyd Winter, le coach de Smith déclara juste après la course quand on lui demanda jusqu'où pouvait aller son protégé sur 400m : "In the low 43's or high 42's".
[4] En réalité, Smith avait couru 46.2 sur 440yd (record du monde) ce qui, conversion effectuée équivaut bien à 45.9 (règle pour passer d'un temps manuel sur 440yd à un temps manuel sur 400m: -0.3).

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